La suite de notre traité de la cravate… Pour ceux qui ont raté la première partie, elle est ici : Le traité de la cravate – Partie 1

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L’arrivée de la cravate en France

En 1618, les sujets tchèques protestants se révoltent contre la maison de Hasbourg qui voulait accroître l’hégémonie de la religion Catholique dans le Saint-Empire Germanique : c’est le début de la Guerre de Trente ans qui va déchirer l’Europe avec près d’un demi-million de morts jusqu’en 1648.

La France, engagée dans le conflit avec le camp protestant en opposition avec le Saint-Empire germanique, mobilise en 1635 des guerriers d’élite réputés pour leur bravoure et leur adresse au combat : les mercenaires cavaliers croates. Ces derniers ne manquèrent pas de prouver leurs vaillances au cours de multiples batailles, notamment celle de Rocroi en 1643, et les plus remarqués d’entre eux furent présentés à la cour auprès de Louis XIII sous les yeux de son fils Louis XIV pour recevoir les hommages militaires.

Par leur étoffe nouée autour du cou ayant pour but de les protéger des coups d’épées mortelles à la gorge, nos fringuants mercenaires ne tardèrent pas à s’attirer les faveurs de la cours toujours en recherche des derniers raffinements à la mode.  Après tout, quel meilleur hommage pouvait-on rendre à ses valeureux “Croates” que de porter la pièce maîtresse de leur habillement et dont on estima qu’elle était de la plus haute élégance. Bien entendu, l’étoffe pris le nom de l’origine des mercenaires, mais comme nos chers gentilshommes francophones éprouvèrent quelques difficultés à prononcer le son “h” de “Hrvat” (le son “h” se rapproche de la jota hispanique et est un R roulé provenant du fond de la gorge), ils se contentèrent avec une certaine disgrâce (à mon sens) de l’appeler “Krvat”.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le nom “Croate” (en croate : Hrvat) reste une énigme historique quant à ses origines qui sont certifiées non slaves. La thèse la plus vraisemblable est que les Croates descendent des Alains qui parlaient l’ancien Iranien. Ces cavaliers nomades ont parcouru les plaines afghanes avant de s’installer au Vème siècle avant J.C en Vistule (Ukraine), région imprégnée par une culture slave qui les assimilera rapidement. En effet, “Hrvat” interprêté comme “Horvats” dériverait de hu-ur-vatha qui signifierait “allié” en vieux perse.

Cette théorie est d’autant plus vraisemblable à mon sens que les cavaliers nomades se sont installés non loin de la région de Dacie où Trajan mènera ses guerres romaines victorieuses et reviendra avec cette étoffe comme insigne militaire (cf. partie 1)

A la suite de cette entrevue royale, les mercenaires croates seront intégrés à un nouveau régiment de cavalerie au service du Roi : le “Royal-Cravate” qui portera la devise latine “Nuc pluribus impar”, traduisible par dire “À nul autre pareil”.  La cravate poursuit sa conquête sous Louis XIV en intégrant les hautes sphères politiques et l’uniforme français. Le métier de cravatier fut même créé et rattaché à la chambre de Louis XIV qui se parait de petits rubans de couleur afin d’apporter des touches de fantaisie, la fonction majeure du cravatier (assimilé “écuyer”) étant de l’assortir avec toutes les tenues royales. La cour quant à elle devait veiller à ne pas arborer des cravates plus belles que le roi, au risque de le froisser.

En 1692, à Steinkerque, les soldats français furent attaqués par surprise et furent contraints de nouer à la va-vite leur foulard : un noeud simple et une étroite bande finissant sous le veston passée par le trou de la boutonnière furent la mise au point choisie à la hâte qui assura la victoire de la France et un premier affinage de la cravate.

Au moment de la Révolution, la cravate était un signe d’appartenance politique en fonction de la couleur choisie. Les contre-révolutionnaires portaient le blanc, couleur du deuil dans les familles royales et les révolutionnaires une cravate tricolore. En 1790, deux décrets, datés du 22 et 24 octobre instituent le remplacement de la cravate blanche par une cravate tricolore sur les emblèmes des régiments : le tricolore intègre désormais l’uniforme de l’armée, disposition qui sera conservée sous l’ère Napoléonienne.

La Révolution n’a donc pas tuée la cravate : elle l’a même instituée.

Le régiment “Royal Cravate”, qui gardait une forte affiliation à la royauté, fut rebaptisé “10ème de cavalerie” sous la Révolution et s’illustrera une nouvelle fois à la bataille de Valmy (1792) présentée comme une victoires “décisive” contre l’armée prussienne et “quasi miraculeuse”.

Ce régiment deviendra le 10ème de cuirassiers sous Napoléon, prenant part à la batailles d’Austerliz, d’Iéna et de Wagram (aujourd’hui toutes des stations de métro parisiennes). De par ses origines, le 10ème de cuirassiers aura pour nouvelles recrues des Croates issues des provinces illyriennes conquises en 1806. Les soldats croates s’illustrèrent encore par des hauts faits d’armes devant Moscou en 1812 et à la bataille de la Berezina le 1er Janvier 1813 en sauvant Napoléon et en lui assurant la retraite (d’où le mot “bérézina”). En remerciement, Napoléon leur adressa ce message : “Hier, j’ai pu m’assurer de mes propres yeux de votre courage et de votre fidélité. Vous avez acquis la gloire immortelle et l’estime, et je vous place parmi mes meilleurs troupes” et leur fit gravé une plaque commémorative sous le péristyle de la Cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides, tombeau de Napoléon : [A la mémoire des régiments croates qui sous le drapeau français ont partagé la gloire de l’armée française].

Après la défaite de Waterloo en 1815, la nouvelle monarchie créa le 1er régiment nouveau qui accueillera les soldats du 10ème cuirassiers.

A la fin du XIX ème siècle, la cravate va être imprégnée du courant du dandysme ou “homme élégant et raffiné”, courant de mode mais aussi de société qui invite à une affectation de l’esprit et de l’impertinence.

La suite de cet article dans la Partie 3 qui sera publiée prochainement : la cravate moderne, accessoire de mode sans distinction.